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Vendredi 1er février 2008 Numéro 377
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Consommation d'antipsychotiques chez les bénéficiaires de la sécurité du revenu
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Paru le vendredi 1er février 2008 sur Cyberpresse.ca/La Presse

Le vendredi 01 fév 2008
Les antipsychotiques explosent chez les aînés et les démunis
Denis Lessard
La Presse

Les bénéficiaires de l'aide sociale sont mal en point au Québec. Depuis 10 ans, la proportion de ceux à qui l'on prescrit des antipsychotiques a triplé. Et pour les antidépresseurs, ils sont deux fois plus nombreux à se partager trois fois plus d'ordonnances. On retrouve la même tendance chez les personnes âgées.

Préparées pour La Presse, les données détaillées de la Régie de l'assurance maladie du Québec présentent une photo inquiétante de la situation des 500 000 Québécois qui sont actuellement inscrits au programme de dernier recours.

En 1997, 33 000 assistés sociaux avaient obtenu un total de 485 000 ordonnances d'antipsychotiques - les tranquillisants majeurs normalement administrés aux schizophrènes - soit une quinzaine de prescriptions par personne. Il y avait 793 000 prestataires en 1997. C'est donc un peu plus de 4% d'entre eux qui utilisaient ces médicaments, qui font partie de l'artillerie lourde des psychiatres.

Or depuis 10 ans, le recours à ces antipsychotiques a augmenté régulièrement et rapidement. Les données de 2007 étonnent même les spécialistes consultés, qui avouent devoir se contenter d'hypothèses pour expliquer cette croissance. L'an dernier, près de 13% des bénéficiaires de l'aide sociale, 63 000 sur 449 000, se sont vu prescrire des antipsychotiques; la proportion a donc triplé en 10 ans. Pire encore, on est passé de 485 762 ordonnances à 2,2 millions! Le nombre d'ordonnances d'antipsychotiques par bénéficiaire a plus que doublé en 10 ans.

Les coûts ont aussi connu une progression exponentielle, mais ici les conclusions sont moins faciles; les nouvelles molécules sont de plus en plus nombreuses, et de plus en plus chères. Surtout, les médecins ont désormais tendance à prescrire ces tranquillisants à faible dose pour remplacer certains médicaments contre l'anxiété.

Illustration de l'augmentation de la consommation: les tranquillisants «antipsychotiques» des prestataires de l'aide sociale avaient coûté 17 millions à la RAMQ en 1997. La facture est passée à 114 millions l'an dernier.

Chez les aînés

Les personnes âgées se font aussi de plus en plus souvent prescrire ces médicaments. Ainsi, 81 000 aînés avaient obtenu 613 000 ordonnances d'antidépresseurs en 1997. Ils étaient 163 000 avec 2,8 millions d'ordonnances en 2007. Pour les antipsychotiques, c'est pire encore, il faut multiplier par cinq. Il y a 10 ans, la RAMQ avait payé 196 000 prescriptions de ces tranquillisants à 25 000 personnes de plus de 65 ans. Dix ans plus tard, on est à 55 000 retraités, mais à 1,1 million d'ordonnances.

La semaine dernière, La Presse avait révélé que les prescriptions d'antidépresseurs dans l'ensemble de la population avaient doublé en 10 ans. Bien des experts avaient alors expliqué que le stress au travail était à la source du problème, bien davantage que la facilité avec laquelle les médecins prescrivent ces antidépresseurs.

Les chiffres de la RAMQ, pour les prestataires de l'aide sociale, indiquent que l'augmentation constatée dans la population en général se retrouve aussi chez ceux qui n'occupent pas d'emploi. En 1997, 57 700 bénéficiaires ont obtenu 476 000 ordonnances d'antidépresseurs, pour une facture totale de 13 millions. C'est un peu plus de 7% des bénéficiaires. Après 10 ans d'une hausse constante, on observe, en 2007, 87 500 bénéficiaires - 17% des prestataires ont reçu 1,8 million d'ordonnances d'antidépresseurs, quatre fois plus qu'il y a 10 ans. La facture est aussi multipliée par trois: on passe de 13 millions à 41 millions entre 1997 et 2007.

Spécialistes étonnés

Pour Rose-Marie Charest, présidente de l'Ordre des psychologues du Québec, la prescription croissante d'antipsychotiques peut s'expliquer par plusieurs facteurs. Les médecins peuvent se rabattre davantage sur ces médicaments, administrés à petite dose, qui présentent moins de risques de dépendance que les tranquillisants plus légers de la famille du Valium, plus populaires dans les années 80.

«Ces statistiques, c'est impressionnant. Cette progression est étonnante même pour quelqu'un qui est dans ce domaine! laisse-t-elle tomber. Le nombre de psychotiques au Québec ne peut pas avoir augmenté dans une telle proportion.»

Pour le docteur Marc Sasseville, psychiatre aux urgences de l'hôpital Louis-H.-Lafontaine, «une des hypothèses est qu'on prescrit maintenant davantage ces médicaments antipsychotiques et antidépresseurs à faibles doses pour remplacer ces anxiolytiques qui créaient plus de dépendance».

Même explication en ce qui a trait à l'augmentation des ordonnances pour les personnes âgées. «Les gens vivent plus longtemps. Ces médicaments peuvent être une réponse adéquate aux démences liées à la maladie d'Alzheimer, observe le Dr Sasseville. On peut devoir faire un choix entre la contention physique ou chimique.»

Pour les antidépresseurs, la cause est plus facile à identifier. Les médecins sont débordés, et souvent la prescription est la façon la plus simple et efficace de régler un problème, observe de son côté Mme Charest.

Mais un chiffre surtout fait bondir la psychologue: la facture gigantesque des antidépresseurs, pas moins de 115 millions pour l'ensemble des clients de la RAMQ, soit 41 millions pour les prestataires de l'aide sociale, 48 millions pour les personnes âgées et 30 millions pour l'ensemble des autres adhérents au régime public d'assurance médicament.

«On doit utiliser la médication de façon optimale, mais avec d'autres traitements», insiste-t-elle. Or, souvent, les décideurs publics ont tendance à trouver trop coûteuses les interventions d'aide qui nécessitent du temps. «Les gens qui ne travaillent pas ont aussi un taux élevé de dépression, et vous ne pouvez même pas les mettre en congé. Le fait de travailler peut être gratifiant aussi, on ne peut pas mettre tout sur le dos du travail», explique Mme Charest.

Aussi, observe de son côté Nicole Jetté, porte-parole du Front commun pour la défense des personnes assistées sociales, il est explicable que la proportion des utilisateurs d'antipsychotique augmente avec la diminution du nombre des prestataires. Ceux qui trouvent le plus rapidement un emploi sont les moins hypothéqués, et «ceux qui demeurent sur l'aide sociale sont, en proportion, de plus en plus malades».

Pour elle, la situation des bénéficiaires est aujourd'hui plus dramatique qu'il y a 10 ans. «Regardez l'augmentation des loyers, des tarifs d'électricité», illustre-t-elle. «On médicalise les problèmes plutôt que de les régler. Quand on dit que 40% de la population au Québec vit avec moins de 20 000$ par année, cela a des conséquences», observe-t-elle.

Elle voit dans «la situation de cul-de-sac où se retrouvent les gens» la principale piste d'explication. «Les gens sur l'aide sociale sont dans une situation de détresse de plus en plus profonde. Cela crée du stress, et les médecins n'ont pas beaucoup d'autres moyens», observe-t-elle. Aussi, il est démontré que l'utilisation de plus en plus répandue des drogues chimiques peut déclencher la schizophrénie précoce.

Mais, «fondamentalement, les gens ne voient plus l'horizon, ils sont plus oppressés qu'il a 10 ans», estime Mme Jetté.

Du côté du ministre de la Solidarité sociale, Sam Hamad, les commentaires étaient laconiques. «On n'a pas grand-chose à dire. C'est un problème de santé publique plutôt que d'aide sociale. Ça se retrouve partout dans la population», a observé Alexandre Boucher, son attaché de presse. «Ce n'est pas notre ministère qui prescrit, ce n'est pas à nous de commenter», a-t-il résumé. Si les ténors de l'aide sociale soutiennent que la situation des bénéficiaires empire, «c'est leur opinion», a conclu M. Boucher.


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