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L’Inclusif est une infolettre ayant pour mission de rapporter l’actualité touchant à la participation sociale des personnes ayant des incapacités au Québec. Elle est publiée deux à trois fois par semaine.

Son contenu est constitué principalement d’articles et de nouvelles provenant des différents médias du Québec et du Canada, mais aussi d’ailleurs.

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Mardi 8 avril 2008 Numéro 400
Aujourd'hui en veille
Serie de La Presse sur les services aux EHDAA
Éditoriale dans The Gazette sur les services aux EHDAA
Stéphane Laporte raconte ses premiers jours d'école
Congrès de Rehabilitation internationale à Québec en Août 2008
Ani Müller, une artiste
Bilan du Congrès 2008 de l'AQETA
Article dans The Gazette sur l'attente pour les services en autisme


Serie de La Presse sur les services aux EHDAA
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Paru le samedi 5 avril 2008 sur Cyberpresse.ca/La Presse

Le samedi 05 avril 2008
Intégration des élèves en difficulté: l'argent est-il bien dépensé?
Isabelle Hachey
La Presse

La ministre de l'Éducation, Michelle Courchesne, veut s'attaquer à la culture bureaucratique qui prévaut au sein des commissions scolaires et de son propre ministère afin de favoriser une meilleure intégration des élèves en difficulté dans les écoles régulières.

Tout en admettant que le soutien aux élèves en difficulté doit être «de beaucoup amélioré», la ministre Courchesne juge que le plus gros obstacle à l'intégration harmonieuse de ces enfants est le manque de flexibilité et de concertation sur le terrain.

«Ce n'est pas qu'une question d'argent», a dit hier Mme Courchesne, rappelant que le gouvernement consacre déjà 1,5 milliard par an aux élèves handicapés ou en difficulté d'adaptation ou d'apprentissage (EHDAA). «Comment ça se fait qu'après 1,5 milliard d'investissement, il y a toujours autant de difficultés? La réponse, c'est l'organisation du travail.»

Mme Courchesne veut que son ministère cesse d'être «uniquement un dictateur de règles, toujours à remplir des colonnes de chiffres». Elle s'attend à la même chose des commissions scolaires. Elle entend d'ailleurs mettre sur pied des «équipes-ressources» qui sillonneront la province pour s'assurer que les sommes allouées aux EHDAA sont bien dépensées.

Ces équipes font partie du plan d'action que la ministre dévoilera ce printemps au sujet des EHDAA. Le plan prévoit aussi des ressources additionnelles, des libérations pour les professeurs, ainsi qu'une formation mieux adaptée pour les futurs enseignants, qui ont souvent un choc lorsqu'ils quittent les bancs d'école pour être confrontés à la réalité du terrain.

Pour le moment, les étudiants ne sont initiés qu'en survol à certains troubles d'apprentissage, déplore la ministre. «On se retrouve avec de jeunes enseignantes qui, en sortant de l'université, ne se sentent pas prêtes et paniquent.»

Modifications à la loi exigées

De son côté, la Fédération des syndicats de l'enseignement (FSE) exige des modifications à la Loi sur l'instruction publique afin de mieux encadrer l'intégration des EHDAA en classe régulière.

«Nous demandons à la ministre d'entendre le désarroi des enseignants aux prises avec une intégration débridée, motivée davantage par des considérations économiques que pédagogiques et ce, au détriment des élèves en difficulté et sans égard aux autres élèves de la classe ordinaire», a expliqué hier la présidente de la FSE, Johanne Fortier.

Actuellement, la loi favorise l'intégration des élèves en difficulté en classe ordinaire, dans la mesure où cela ne constitue pas une «contrainte excessive» et ne porte pas atteinte aux droits des autres élèves.

La FSE aimerait que la définition de contrainte excessive soit précisée, pour tenir compte de la composition des classes, des services disponibles et de la surcharge de travail que l'intégration représente pour les enseignants.

«Les commissions scolaires devraient avoir l'obligation de démontrer qu'il n'y a pas de contrainte excessive, ni d'atteinte aux droits des autres élèves, dit Mme Fortin. Pour l'instant, le fardeau de la preuve revient aux enseignants. Ce sont eux qui doivent prouver que l'élève est en difficulté, qu'ils ont tout fait pour adapter leur enseignement, qu'ils ont besoin de services.»

Après avoir sondé un millier d'enseignants, la FSE conclut qu'il ne devrait pas y avoir plus de 10 à 12% d'EHDAA en classe régulière, c'est-à-dire trois élèves intégrés dans un groupe de 30. «C'est aux antipodes de ce que nous vivons actuellement, où leur nombre peut aller de sept à 10», souligne Mme Fortier, ajoutant que la nature du handicap ou de la difficulté devrait aussi être prise en compte.

Ainsi, les classes ne devraient pas compter plus d'un enfant souffrant d'une déficience sérieuse ou d'un trouble grave de comportement.

La présidente met en garde la ministre Courchesne: «On ne peut pas se contenter d'un discours selon lequel ce n'est qu'un problème d'organisation des ressources. Le problème est plus sérieux, plus fondamental. Quand on fait un choix social d'intégration, on le fait parce que ça sert les intérêts des enfants, pas pour faire des économies sur leur dos.»

Paru samedi 5 avril 2008 sur cyberpresse.ca/La Presse

Le samedi 05 avr 2008
Des milliards bien dépensés?
Isabelle Hachey
La Presse

Le gouvernement consacre 1,6 milliard par an aux élèves handicapés ou en difficulté. Une fortune. Mais cet argent est-il bien dépensé?

L'ex-vérificatrice générale du Québec, Doris Paradis, a soulevé les premiers doutes en 2004. «Malgré les milliards dépensés pour cette clientèle depuis 25 ans, le Ministère, les commissions scolaires et les écoles ne savent toujours pas dans quelle mesure leurs actions sont efficaces», rapportait-elle.

Après les bulletins chiffrés et l'état du français dans les écoles, la ministre de l'Éducation, Michelle Courchesne, s'attaque désormais à la question des élèves handicapés ou en difficulté. Elle dévoilera ce printemps un plan d'action très attendu, basé sur le rapport que lui ont remis en mars des chercheurs de l'UQAM, dirigés par Louise Gaudreau.

Ce rapport de 600 pages, pour lequel pas moins de 1675 personnes ont été interviewées, rend un verdict sur la politique d'adaptation scolaire du Ministère. Un verdict plutôt mitigé. Selon Mme Gaudreau, les succès et les échecs varient selon les commissions scolaires, et même selon les écoles. «Il y a des endroits où ça va bien, et d'autres où la direction ne fait rien pour soutenir son personnel.»

Certaines commissions scolaires gèrent davantage en fonction du budget, sans tenir compte des besoins sur le terrain, explique Mme Gaudreau. D'autres offrent des services extraordinaires, compte tenu de leurs moyens. C'est le cas de la commission scolaire des Patriotes, en Montérégie.

«Le quart de nos 250 enfants souffrant de troubles envahissant du développement (TED) ont déménagé sur notre territoire pour bénéficier de nos services», dit Jean-Louis Tousignant, responsable de l'adaptation scolaire. «L'année prochaine, nous ouvrirons trois nouvelles classes pour les enfants TED. Si ça se maintient, dans quelques années, j'aurai dépassé 30 classes!»

«Le mot se passe. Les parents se disent que la commission scolaire des Patriotes, c'est là qu'il y a des services, qu'on les écoute», dit M. Tousignant, qui prend tous ces déménagements «comme un compliment», mais qui songe déjà à l'éventualité de refuser des élèves en classe spéciale. Ici non plus, les budgets ne s'étirent pas à l'infini.

Ici aussi, on songe à intégrer les enfants TED en classe régulière. Mais en offrant du soutien et de la formation aux enseignants. «Les profs, il ne faut pas les laisser seuls, dit M. Tousignant. Je comprends que si on ne leur accorde pas un minimum d'accompagnement, c'est lourd comme tâche. J'ai déjà un tiers d'enfants TED en classe ordinaire. En général, on réussit bien. Mieux que d'autres, disons.»

Paru samedi 5 avril 2008 sur cyberpresse.ca/La Presse

Le samedi 05 avr 2008
«Ma classe, c'est un zoo»
Isabelle Hachey
La Presse

Québec consacre chaque année 1,6 milliard aux élèves handicapés ou en difficulté. Pourtant, les enseignants qui les accueillent dans leur classe ne savent plus où donner de la tête, désemparés par la lourdeur de la tâche. Peu soutenus, et surtout mal formés pour aider des enfants présentant des troubles complexes, ils lancent un cri d'alarme. Voici leurs témoignages.

Tous les soirs, en rentrant à la maison, Martine se sent lasse. Vidée. Tous les soirs, elle songe à baisser les bras. C'est l'orgueil qui l'en empêche. Son groupe d'élèves a déjà eu raison des deux enseignantes qui l'ont précédée, dans sa petite école primaire du Lac- Saint-Jean. «Celle de deuxième année a dû être remplacée. Celle de troisième année est partie en avril. Elle n'était plus capable.»

Les enfants sont maintenant dans la classe de quatrième année de Martine, qui n'avait jamais rien vu de pareil malgré ses 15 ans d'expérience. «Ma classe, c'est un zoo!» s'exclame celle qui préfère taire son identité, et celle de son école, afin de protéger les enfants.

Sur ses 24 élèves, sept ont droit à un plan d'intervention adapté (PIA) parce qu'ils n'atteignent pas les objectifs de quatrième année. Pour trois d'entre eux, Martine doit revoir la matière à la baisse. «On diminue la tâche. Parfois on ne les fait pas écrire, ils ne font qu'écouter. Ce matin, on leur a donné une évaluation en lecture de niveau deuxième année. L'élève dysphasique a réussi, mais les deux autres ont échoué.»

Deux cancres, deux histoires. Celle d'une petite nouvelle qui accumule les retards au rythme des déménagements de parents qui s'entredéchirent, et qui se préoccupe davantage de savoir où elle échouera cet été que de ses leçons. Celle d'un garçon affligé d'un trouble du comportement, qui fait des crises à répétition. «Il est à la limite de la déficience, selon le rapport de la psychologue. Il n'a pas d'aide, pas de services, puisqu'il n'est pas officiellement déficient.»

«J'ai quatre élèves qui prennent du Ritalin, poursuit Martine. Deux sous-réactifs et deux hyperactifs. Les deux sous-réactifs prennent de la médication pour se concentrer, sinon ils ne sont pas là, ils sont dans la lune. Ce ne sont pas des élèves turbulents qui dérangent tout le groupe. Au contraire, ils dormiraient et ça serait parfait pour eux.»

«Les deux hyperactifs, il faut toujours les tenir assis, les contrôler. Ils bougent sans arrêt. Il y en a un que je ne peux placer qu'au fond de la classe. Il aurait besoin d'être en avant parce qu'il n'écoute pas, mais je ne peux pas, il est toujours debout. La psychologue m'a dit qu'il fallait qu'il bouge. Alors, il se lève, il se promène, il va tailler son crayon.»

Un programme escamoté

La journée de Martine se résume en majeure partie à gérer son «zoo». À apaiser les conflits. Et à tenter d'inculquer quelques règles de savoir-vivre aux enfants. «Respecte ton espace; ne barbouille pas dans le cahier de l'autre; enlève tes doigts de ton nez. Ce sont des règles de base, et ces élèves-là ont quand même 10 ans», dit-elle, désespérée.

«Je ne fais que ça, de la gestion de classe. Asseoir les élèves, les mettre au travail, ça me prend un bon 15 minutes. Ensuite, j'enseigne pendant 10-15 minutes, puis je perds l'attention de six ou sept enfants. C'est comme ça à chacune des périodes. À la fin de la journée, quand j'ai enseigné l'équivalent d'une période sur cinq, c'est bon.»

Entre la discipline et la gestion de crises, la matière est escamotée. «Je suis en retard partout dans mon programme. À la fin de l'année, je n'aurai pas enseigné plus de la moitié de ce que j'ai à montrer aux élèves.» Elle se sent impuissante. «Moi, j'ai été formée pour enseigner, pas pour faire la psychologue.»

Ce qui dérange surtout Martine, c'est l'impact de cette intégration massive d'élèves en difficulté sur leurs camarades plus doués. «Il y en a sept-huit qui réussissent bien, mais je n'ai pas de temps à leur consacrer. On fait tout au ralenti. Ces élèves savent des choses depuis longtemps, mais ils sont toujours à écouter le même discours. Ils ne progressent pas, eux non plus.»

Tout le monde y perd dans cette histoire. À commencer par Martine, qui se demande si elle tiendra le coup jusqu'à la fin de l'année. Il suffirait d'un rien - une crise de trop, peut-être - pour qu'elle déclare forfait. Par ici, les profs tombent comme des mouches.

Un poing dans le creux du ventre

Des enseignants ont accepté de nous livrer leurs impressions sur l'intégration massive d'élèves en difficulté dans leur classe. La plupart ont tenu à conserver l'anonymat. Voici quelques extraits de leurs témoignages.

Lorraine, première année

«Les élèves en difficulté sont incapables de travailler seuls; ils ont toujours besoin d'aide. Ils demandent tellement d'attention que les élèves réguliers sont laissés de côté. Résultat, ce ne sont pas seulement les faibles qu'on fait décrocher, ce sont
les forts aussi.»

«On ne fait que de l'intégration physique des enfants en difficulté dans nos classes. On doit adapter tout notre enseignement pour eux. Où est l'intégration quand on doit tout adapter?»

Micheline, deuxième année

«On est essoufflés. On veut que tous nos élèves réussissent, et c'est très difficile de voir qu'on est obligés d'en laisser de côté parce qu'on n'y arrive pas. On a l'impression de courir, on n'est jamais satisfaits."

Diane, troisième année

«Si j'avais eu une classe aussi difficile au début de ma carrière, je pense que j'y aurais laissé ma santé. À la récréation, nous nous parlons entre profs. J'ai dit à une collègue que j'avais un point dans le creux du ventre. Elle m'a répondu: moi aussi. Puis, d'autres nous ont dit la même chose. Nous avons découvert que nous avions toutes les mêmes symptômes. C'était de l'angoisse!»

«On n'ose pas en parler avec les parents. C'est un tabou social. J'ai un élève qui souffre de déficit d'attention. J'ai évoqué la possibilité du Ritalin avec ses parents. Je me suis fait ramasser! J'avais l'air de la méchante maîtresse qui ne voulait pas avoir à se casser la tête dans sa classe.»

Huguette, cinquième année

«On doit être enseignante, mais aussi infirmière, psychologue, maman. Les enfants intégrés demandent beaucoup d'attention, ils ralentissent le niveau de la classe. Avant, j'enseignais à un groupe d'enfants. Là, j'ai l'impression que ça prendrait 30 enseignants. Je passe autant de temps à les préparer, à les motiver et à les discipliner qu'à enseigner.»

Gislain Tardif, première secondaire

zÇa empire d'année en année. On a plus de mal à enseigner qu'avant. Quand on essaie d'aider les élèves en difficulté, on perd rapidement le contrôle de la classe à cause des élèves turbulents. Dans une période, le quart de mon temps est consacré à la discipline. On escamote la matière pour arriver à tout passer.»

«J'ai toujours eu des élèves qui n'étaient pas motivés, qui ne faisaient pas leurs devoirs. Mais on pouvait les compter sur une main. Là, on manque de doigts.»

Paru samedi 5 avril 2008 sur cyberpresse.ca/La Presse

Le samedi 05 avr 2008
Madame Louise et les enfants pop-corn
Isabelle Hachey
La Presse

Louise Nadeau a scotché un foulard sur le vieil interphone de sa classe pour étouffer le bruit de la cloche électronique. L'un de ses élèves est hypersensible au son. «Quand ça part, il se met à cogner sur son pupitre. Et quand il est contrarié, il rentre dans son monde et répète tout le temps la même phrase. Je ne peux plus entrer en contact avec lui.»

Pour Mme Nadeau, c'est clair: l'enfant souffre d'un trouble envahissant du développement (TED). Attablé à son pupitre, un peu en retrait dans sa classe de quatrième année, il requiert une attention énorme. «Il n'a aucune organisation. C'est moi qui sors son matériel. C'est moi qui fais son sac tous les soirs. Mais l'énergie que je lui donne, je ne l'ai plus pour les autres. Je ne suis pas un puits sans fond.»

L'enseignante n'a guère de soutien. «Pour que la maladie de cet élève soit reconnue par le ministère de l'Éducation, il faut qu'il ait un diagnostic du pédopsychiatre. Avec ce diagnostic vient un package deal de services. Pour moi, cela voudrait dire une technicienne en éducation spécialisée dans la classe.» Mais la liste d'attente est longue chez le pédopsychiatre...

S'il n'y avait que cet enfant en difficulté dans la classe de sa petite école de Montérégie, Mme Nadeau s'en sortirait mieux. Mais trois autres élèves ont de sérieux troubles d'apprentissage. Sans compter les enfants turbulents qui crient et sautent sans arrêt. L'enseignante les appelle les «enfants pop-corn».

Dans un coin de la classe, il y a un garçon au chandail souillé, les cheveux en bataille. Il cherche ses livres, ses crayons, ses cahiers d'exercice. Il n'a pas fait ses devoirs. Personne ne s'en étonne. «Il est imperméable à tout, soupire Mme Nadeau. Son plus beau Noël, c'est quand il est allé glisser avec sa gardienne.»

À l'autre bout de la classe, un petit garçon à lunettes, sage comme une image, demande timidement de l'aide à «Madame Louise». Il est dyslexique. «L'orthophoniste qu'il voit au privé me donne deux pages d'activités à faire en classe.»

Pour cette mère de trois enfants, la surcharge de travail liée aux élèves en difficulté équivaut à plusieurs heures par semaine. Il y a les exercices adaptés, la correspondance soutenue avec les parents et les spécialistes, les évaluations différenciées... «La préparation ordinaire, je fais ça la fin de semaine.»

Paru dimanche 6 avril 2008 sur Cyberpresse.ca/La Presse

Le dimanche 06 avr 2008
Élèves en difficulté: la bataille de l'intégration
Isabelle Hachey
La Presse

Entre la classe ordinaire et la classe spéciale, bien peu de parents hésitent : c'est la classe ordinaire qu'ils veulent, pour que leur enfant ne vive pas en marge des autres. Mais ce n'est pas toujours possible, ni peut-être toujours souhaitable. Et chaque cas est différent.

Quand Carl est passé de l'école primaire à l'école secondaire, son père lui a demandé ce dont il avait envie. Carl n'a pas hésité une minute: il voulait une blonde. Et son père, Jean-François Martin, savait fort bien que ce n'est pas dans une école ordinaire qu'il pouvait la trouver.

C'est que Carl est un enfant trisomique. «Nous avons dû renoncer à nos convictions profondes», admet M. Martin, président de l'Association québécoise pour l'intégration sociale.

Si quelqu'un au Québec croit passionnément à l'intégration des enfants déficients en classe régulière, c'est bien M. Martin. Il a même déjà milité pour l'abolition pure et simple des classes réservées aux élèves handicapés ou en difficulté d'adaptation ou d'apprentissage (EHDAA). Pourtant, son propre fils fréquente désormais une classe de ce genre, à l'école secondaire Leblanc de Laval.

«Au primaire, l'intégration est essentielle. Mais au secondaire, le choix revient à l'adolescent, s'il est en mesure de le faire. Nous n'aurions pas gagné grand-chose à lui imposer notre choix. Nous aurions voulu poursuivre l'intégration, mais nos désirs n'étaient pas les siens.»

Pour la grande majorité des parents, la classe ordinaire vaut 1000 fois mieux que la classe spéciale. «On se dit que la place de nos enfants, c'est dans une classe comme les autres, dit M. Martin. Pendant ses années au primaire, Carl n'était pas montré du doigt. Les autres enfants ne le voyaient même plus comme une personne différente. C'était Carl, tout simplement.»

Pour les enfants déficients comme pour ceux qui présentent des troubles de comportement, la logique est simple. «Si on place un petit bonhomme de 6 ans qui pousse et frappe les amis dans une classe spécialisée, avec 12 autres enfants tout aussi agressifs, on peut penser que ça va lui faire du bien. Mais entre vous et moi, il a de meilleures chances d'adopter de bons comportements et de développer des apprentissages dans un milieu où les autres jeunes vont bien», dit Égide Royer, professeur en adaptation scolaire à l'Université Laval.

Une influence néfaste

À Saguenay, Lucie Villeneuve garde un bien mauvais souvenir du passage de son fils trisomique, Vincent, en classe spéciale. «Il régressait beaucoup. Il s'était mis à imiter les autistes de sa classe, à faire des crises pour ne pas aller à l'école le matin. Il se promenait le dos courbé et avait recommencé à sucer son pouce. C'était très pénible.»

Vincent, 14 ans, est maintenant dans une classe régulière de deuxième secondaire, bien qu'au point de vue des apprentissages, il ne soit qu'au niveau de la deuxième année du primaire. «Je veux qu'il vive en société, pas en marge de la société. L'école, c'est le premier endroit où il doit s'intégrer. Si on l'avait mis à l'écart toute sa jeunesse, ça n'aurait pas été logique de lui demander ensuite de s'intégrer au marché du travail.»

Mme Villeneuve a dû se battre pour que son fils soit admis en classe régulière. «On est même allés voir le député!» La loi sur l'instruction publique prévoit pourtant «l'intégration harmonieuse dans une classe ou un groupe ordinaire» des EHDAA. Mais, dans les faits, les commissions scolaires offrent souvent d'emblée l'école spéciale aux parents de ces élèves fragiles. Moins compliqué.

«On se fait manger tout rond», dénonce M. Martin. «La première chose qu'on se fait dire, c'est que l'école ordinaire n'est pas la place de notre enfant, qu'on fait ça pour nous et non pour son bien. Je comprends qu'il y ait beaucoup de parents qui renoncent. Ceux qui persistent doivent parfois se rendre jusque devant le conseil des commissaires. C'est intimidant, il faut vraiment y croire.»

Une question d'attitude

M. Martin estime que la vague d'intégration commence à ralentir, «parce qu'il y a eu trop de situations où elle s'est mal faite». Souvent, déplore-t-il, l'enseignant n'apprend qu'à la rentrée qu'il devra composer avec un enfant déficient dans sa classe. «On lui dit qu'il aura un technicien pour l'aider et que tout ira bien. Mais ce n'est pas aussi simple que ça. Le prof ne connaît pas l'enfant, il ne sait pas comment fonctionner, il n'a pas été formé pour ça. C'est lourd. Je peux comprendre qu'après une mauvaise expérience, l'école ne veuille plus rien savoir d'un enfant déficient.»

«On ne peut effectuer d'intégration sans donner de soutien à l'enseignant. Ça, on n'en sort pas», admet M. Martin. Mais tout ne se résume pas à l'argent. «Comment se fait-il qu'avec les mêmes ressources, l'intégration se passe très bien à certains endroits et ne fonctionne jamais ailleurs? C'est vraiment une question d'attitude.» Mme Villeneuve est d'accord. «Les directions d'école y sont pour beaucoup. Quand tu tombes sur un directeur qui croit à l'intégration, ça fait toute la différence.»

Bref, tout dépend des directions d'école, mais aussi des profs, des parents, des enfants eux-mêmes. Chaque cas est différent. Dans celui de Carl Martin, l'école spéciale s'est finalement révélée être le bon choix. «Deux semaines après la rentrée, il avait une blonde», raconte son père. Six ans plus tard, le couple file toujours le parfait bonheur.

Paru dimanche 6 avril 2008 sur Cyberpresse.ca/La Presse

Le dimanche 06 avr 2008
Quand l'intégration va trop loin
Isabelle Hachey
La Presse

Poussés à bout, les profs prennent parfois les grands moyens pour convaincre des parents que leur enfant n'est pas à sa place en classe ordinaire.

Il y a quelques années, Louise Nadeau a eu un élève qui sautait carrément sur les tables. «Tout le monde était sur les nerfs», se rappelle-t-elle. En désespoir de cause, l'enseignante de quatrième année a décidé d'alerter les parents des autres enfants. «En deux semaines, l'élève était sorti de ma classe. Les parents ont beaucoup de pouvoir!»

Un prof du Lac-Saint-Jean a choisi une autre méthode. L'an dernier, elle a invité les parents d'un enfant autiste à passer quelques heures dans sa classe «pour qu'ils se rendent compte à quel point leur enfant y était limité», raconte Martine, une collègue de l'enseignante. «L'élève tapait continuellement sur son bureau. C'était sa façon de communiquer. La principale tâche de l'éducatrice qui l'accompagnait était de le faire taire pour ne pas déranger les autres.»

«Il était censé apprendre à communiquer, pour se débrouiller un peu dans le monde. Au contraire, il était muselé à longueur de journée dans le fond de la classe. Ses parents se sont rendu compte qu'il était loin d'évoluer. Cette année, il est dans une école spéciale.»

«L'intégration, d'accord, mais pas à tout prix, dit Martine. Pendant que le prof enseignait le participe passé, son élève autiste apprenait à empiler des blocs. En maternelle, le contact avec d'autres enfants n'est pas mauvais. Mais vient un moment où il n'y a plus de place pour le jeu, plus de place pour le bruit. Et cet enfant-là, on sait bien que le participe passé, il ne l'apprendra jamais.»

Et puis, l'intégration n'en est pas vraiment quand l'élève est rejeté par ses camarades. «Une collègue a eu un enfant déficient qui était toujours malheureux, raconte un prof de la Rive-Sud. On a fini par le transférer dans une classe spéciale. Peu après, l'enseignante l'a croisé à la récréation. Il lui a dit: "Je suis tellement content, c'est la première fois que je suis invité à une fête!"»

Paru dimanche 6 avril 2008 sur Cyberpresse.ca/La Presse

Le dimanche 06 avr 2008
Pour un ombudsman des écoles
Isabelle Hachey
La Presse

C'est l'histoire de Félix, un élève turbulent de Shawinigan qui était assigné de temps à autre à un pupitre isolé de sa classe, afin qu'il puisse se concentrer et travailler. Une pratique courante. Une histoire banale. Jusqu'à ce que les parents du garçon de 9 ans décident de faire appel aux médias pour dénoncer la situation. L'affaire a alors dérapé de façon magistrale.

Selon ses parents, Félix était isolé sans raison, du matin au soir, dans une «cage à poules» au fond de la classe. Les médias ont vite monté l'affaire en épingle. Plutôt que de chercher à obtenir la version de l'enseignante, ils ont invité des experts à commenter ses agissements. «Moi, je trouve que c'est barbare, vicieux», s'est indignée l'ex-juge Andrée Ruffo en ondes. «Où sont les poursuites judiciaires?» Les poursuites sont tombées... mais pas où Mme Ruffo l'espérait.

Fortement ébranlée par cette charge médiatique, c'est l'enseignante elle-même qui a déposé une série de poursuites en diffamation contre les parents de Félix, contre des journalistes, et contre ceux qui ont commenté l'affaire en ondes, dont l'ancienne juge.

Et les choses ont continué de s'envenimer. En février, les parents ont répliqué avec une poursuite faramineuse

de 1,67 million de dollars contre l'enseignante pour «dommages moraux» et pertes financières.

Cette situation absurde, «un médiateur aurait pu la désamorcer», regrette Égide Royer, professeur en adaptation scolaire à l'Université Laval. «Tous les États américains ont leur médiateur. La France a son ombudsman. Au Québec, si les parents sont insatisfaits des services offerts par l'enseignant, ils n'ont pas d'appel. Leur seul recours, c'est le conseil d'établissement de l'école. Mais comment seront-ils reçus s'ils exigent des services pour leur fils qui frappe les amis et fait des crises à répétition?»


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