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L’Inclusif est une infolettre ayant pour mission de rapporter l’actualité touchant à la participation sociale des personnes ayant des incapacités au Québec. Elle est publiée deux à trois fois par semaine.

Son contenu est constitué principalement d’articles et de nouvelles provenant des différents médias du Québec et du Canada, mais aussi d’ailleurs.

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Mardi 13 janvier 2009 Numéro 465
Aujourd'hui en veille
Série du Devoir sur les services de santé mentale en prison
Les leçons que tirent la police de Québec sur l'affaire Claudio Castagnetta
Air Canada publie sa politique pour les passagers ayant des besoins spéciaux
L'AMC se questionne sur la nécessité d'un billet médical pour les passagers obèses
Une étude sur le lien entre la testorérone et l'autisme


Série du Devoir sur les services de santé mentale en prison
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Paru le samedi 10 janvier 2009 sur Le Devoir

Source
www.ledevoir.com/2009/01/10/226707.html

Santé mentale et prison: un mélange explosif Isabelle Porter
Édition du samedi 10 et du dimanche 11 janvier 2009
Mots clés : Protectrice du citoyen, Prison, Santé mentale, santé, Justice, Québec (province)

Québec -- La Protectrice du citoyen, Raymonde Saint-Germain, se prépare à rendre public un vaste rapport sur la piètre qualité des traitements offerts par les prisons aux personnes qui ont des problèmes de santé mentale, a appris Le Devoir.

D'après la porte-parole de la Protectrice, Micheline Savoie, il s'agit d'un rapport «volumineux» auquel seront assorties une série de recommandations. Attendu d'ici l'été, le document s'appuie sur une vaste étude commandée au Centre international de criminologie comparée de l'Université de Montréal.

Cette démarche survient à la suite de deux nouveaux décès liés à ce problème: Claudio Castagnetta à Québec en septembre 2007 et Justin Scott St-Aubin en novembre 2007 à Montréal. Or, au bureau de Mme Saint-Germain, on affirme que ce rapport ne découle pas des dossiers récents de Castagnetta et de St-Aubin, et que la protection des détenus fait partie du mandat de la Protectrice du citoyen.

Le très médiatisé cas de M. Castagnetta avait fait croire pendant des mois qu'on avait d'abord affaire à un nouveau cas de Taser. Or, le rapport du coroner rendu public début décembre a plutôt pointé du doigt les difficultés persistantes de la police et du système correctionnel à composer avec les cas de santé mentale.

Interpellé dans un dépanneur où il dérangeait les clients, M. Castagnetta, un jeune homme sans passé judiciaire mais en pleine crise, a passé presque deux jours dans le système judiciaire sans être vu par un médecin. Arrêté après avoir violemment résisté à l'intervention des policiers, il est finalement décédé d'un oedème cérébral après s'être frappé la tête volontairement sur les murs d'un fourgon cellulaire. On sait aujourd'hui qu'il avait consommé de la méthamphétamine, mais on ignore toujours de quel trouble mental il souffrait.

Dans son rapport, le coroner Jean Brochu parle d'un problème «systémique», voire «culturel» au sein des milieux policier et correctionnel. Ces derniers, écrivait-il, «auraient dû s'apercevoir que M. Castagnetta n'était pas dans un état normal, mais personne n'a fait quoi que ce soit, a déploré le coroner. Le décès de M. Castagnetta illustre avec éloquence l'ampleur du travail à faire.»

Dans le cas de Justin Scott St-Aubin, le jeune homme est décédé d'une arythmie cardiaque à la suite de manoeuvres de contentions à l'Établissement de détention de Rivières-des-Prairies. Il avait été arrêté cinq jours plus tôt après avoir tenté de noyer sa mère dans un état qui présentait les signes d'une psychose. À défaut de lui trouver une place à l'Institut psychiatrique Pinel, on l'avait envoyé au Centre de détention où il est mort en attendant son évaluation d'aptitude à comparaître.

Les prisons, des hôpitaux «par défaut»

Le rapport du coroner Paul Dionne recense pas moins de 11 cas de mort «évitables» survenues dans les prisons du Québec depuis 2000, des suicides pour la plupart. Récemment, un groupe de défense des droits en santé mentale de Québec a signalé qu'avec le décès de Claudio Castagnetta, le nombre de cas (12) supplante celui des Québécois décédés en Afghanistan depuis 2002 (11).

Il s'agit pourtant d'un problème connu depuis longtemps. «Ça fait au moins 20 ans que des rapports de tous genres disent qu'il y a urgence d'agir», remarque le professeur Denis Lafortune du Centre de criminologie comparée de l'Université de Montréal. M. Lafortune fait partie de l'équipe de chercheurs qui a produit la recherche commandée par le bureau du Protecteur du citoyen. Sans dévoiler les résultats de l'étude en question, cet expert dit que les prisons sont devenues des «hôpitaux par défaut» et des «services sociaux de dernier recours» pour des gens qui ne sont pas soutenus par le système. Or, on s'en doute, «la santé mentale des détenus n'est pas un problème qui attire autant la compassion que le suicide chez les adolescents, par exemple». Et bien sûr, entre la prise en charge par la prison ou par les services de santé, on se doute laquelle des deux est la moins coûteuse...

«Au Québec comme ailleurs, c'est toute l'organisation qui est à revoir, dit M. Lafortune. Il y a un manque de personnel spécialisé dans les prisons québécoises. Il y a des agents de probation, des gardiens, mais peu de psychiatres, de travailleurs sociaux, d'infirmières avec des connaissances psychiatriques.» À cela, il faut ajouter les problèmes de surpopulation en milieu carcéral.

«La prison est un anxiogène, renchérit Benoît Côté qui dirige PECH, un organisme de Québec actif en santé mentale. Ça fait monter le stress des personnes et ça déclenche des psychoses. Chez les gens qui ont des problèmes latents, le contexte carcéral va provoquer des situations de crise, augmenter les symptômes.»

En 2003, on estimait que 15 % des détenus au Québec avaient des tendances suicidaires ou des troubles graves de santé mentale. Dans le lot, environ 2 % présentent des troubles psychotiques. «Mais ça ne veut pas dire qu'il faut tous les envoyer à l'Institut Pinel», plaide le professeur Marc Daigle de l'Université du Québec à Trois-Rivières, un spécialiste du suicide en milieu carcéral. Il ajoute qu'on aurait tort de tenir responsables les milieux correctionnels.

«Effectivement il y a un problème systémique dans les prisons, mais il n'appartient pas à la prison mais à la société.» Les prisons héritent de tous les problèmes sur lesquels la société ferme les yeux, dit-il. Et ce, /sans les ressources pour agir. «Les établissements qui relèvent du Québec servent pour des courtes sentences, contrairement au fédéral où il y a plus de ressources et de temps pour intervenir.» Dans les pénitenciers fédéraux, précise-t-il, les détenus font l'objet d'une évaluation psychiatrique de plusieurs semaines à leur arrivée.

«Malgré tout, il y a eu une amélioration ces dernières années au Québec. Il y a désormais une formation donnée aux employés pour qu'ils posent des questions à l'entrée de manière à savoir si les prévenus ont des tendances suicidaires. Mais ça reste extrêmement compliqué. Est-ce que tous les délinquants qui ont des troubles psychologiques devraient être envoyés à Pinel? Non, il n'y a pas de place pour tous.»

Après huit ans, le statu quo

Du côté des deux ministères responsables de ce dossier (Sécurité publique, Santé et Services sociaux), des échanges ont cours depuis le début de l'année 2007 pour suivre les recommandations des coroners. Il s'agit essentiellement d'améliorer la formation, d'établir des protocoles clairs et surtout de se doter d'un plan concerté.

Dans une lettre envoyée à la coroner en chef, Louise Nolet, le sous-ministre à la Sécurité publique, Paul Girard, écrivait en juillet que l'une des prochaines étapes consistait à déposer un mémoire au conseil des ministres à l'automne. Or, après vérification auprès du ministère, il appert que ce rapport n'a jamais été remis.

Les ministères de la Santé et de la Sécurité publique disent avoir un nouveau plan suivant lequel les Centres de santé et de services sociaux (CSSS) fourniraient du personnel supplémentaire dans les centres de détention. Les travaux, nous dit-on, «avancent bien».

Dans une entrevue à l'émission Kilomètre zéro, sur les ondes de Télé-Québec, le coroner Paul Dionne rappelait cet automne que sa collègue Andrée Kronström avait formulé essentiellement les mêmes recommandations que lui en 2000, à la suite du décès d'un jeune schizophrène dans des circonstances similaires à ce qui était arrivé à Justin Scott St-Aubin.

Le gouvernement péquiste s'était alors engagé à attaquer le problème de front. Un comité interministériel avait été créé avec le ministère de la Justice. «L'analyse des événements par la coroner mérite que le ministère de la Justice y apporte toute l'attention requise», avait alors déclaré le ministre Paul Bégin. Or, huit ans plus tard, le problème n'est toujours pas résolu.

Paru samedi 10 janvier 2009 dans Le Devoir

Source
www.ledevoir.com/2009/01/10/226709.html

Troquer la camisole de force pour le pyjama rayé Isabelle Porter
Édition du samedi 10 et du dimanche 11 janvier 2009
Mots clés : Désinstitutionnalisation, Santé mentale, Prison, Justice, santé, Québec (province)


Plutôt que d'humaniser les prisons, beaucoup estiment qu'il faut plutôt faire en sorte que les Claudio Castagnetta de ce monde n'y aboutissent jamais. Mais avec la désinstitutionnalisation, la complexité grandissante des problèmes de santé mentale et le sous-financement de la santé, ce n'est pas un mince défi.

Québec -- «Il faudrait empêcher que les personnes ayant des troubles mentaux se retrouvent dans le système judiciaire», soutient Marc Daigle, qui est professeur de psychologie à l'Université du Québec à Trois-Rivières ainsi que chercheur affilié à l'Institut Pinel. «Mais qu'est-ce qu'on fait avec ces gens-là? Ce serait simpliste de dire qu'il faut tous les envoyer à l'hôpital.»

À Québec, on a fait des progrès importants sur ce plan ces dernières années. Depuis 1998, un organisme communautaire du nom de PECH (Programme d'encadrement clinique et d'hébergement) offre au service de police un service de soutien psychiatrique et psychosocial 24 heures sur 24. À Montréal, un service similaire est assuré par le Service d'urgence psychosociale UPS-Justice.

Ainsi, les policiers qui rencontrent des cas de santé mentale sur le terrain peuvent être relayés par des intervenants dans un délai de 30 minutes. «Il faut défaire le mythe de la dangerosité des malades mentaux. La plupart du temps, les gens qui se font interpeller ont commis des délits mineurs. Sauf qu'ils dérangent, ils parlent à Obama...», résume le directeur de PECH, Benoît Côté.

Le partenariat entre cet organisme et la police a été introduit il y a dix ans, à la suite de l'entrée en vigueur de la loi P-38 qui permet à un policier d'amener une personne contre son gré dans un établissement de santé lorsque son état mental présente un «danger grave et immédiat» pour elle-même ou pour autrui. La présence d'un intervenant auprès des policiers vise à évaluer l'état mental de la personne, à désamorcer la crise, à éviter un internement involontaire, voire une arrestation.

Maintenant, quand les policiers interviennent auprès d'une personne en crise, ils peuvent appeler PECH et une équipe de deux intervenants se rend sur les lieux pour prendre en charge la personne (voir autre texte).

Plus complexe

Le diagnostic n'est pas toujours facile à poser: aux problèmes de santé mentale se mêlent souvent les phénomènes d'itinérance, de toxicomanie. Dans le jargon des intervenants, on parle de «multiproblématiques». Benoît Côté a remarqué par exemple que beaucoup de jeunes souffrant de problèmes de santé mentale sont tentés d'opter pour les drogues plutôt que pour des médicaments qui réduisent leur libido et leur font perdre du poids.

Professeure depuis 30 ans à l'École nationale de police de Nicolet, Céline Lefebvre est chargée de la formation psychosociale des policiers. «La profession, dit-elle, a gagné en complexité. [Les policiers] ne sont pas des experts en psychosocial et ils ne le seront jamais, mais ce sont les premiers intervenants et leur mandat premier est de protéger la vie.»

Pour préparer les candidats, l'École organise des simulations au cours desquelles les policiers doivent composer avec des individus en état de crise. Mais reste encore à savoir à quelle crise on a affaire. Pour le policier, constate Mme Lefebvre, la grande difficulté consiste à prendre son temps. «Parce que l'intervention policière est habituellement axée sur le mode action-réaction. Ce n'est pas que les policiers sont impatients, mais ces interventions prennent beaucoup de temps...»

Encore la «désins»...

Lorsque des drames surviennent, on a souvent tendance à montrer du doigt la désinstitutionnalisation. Or, si tous les intervenants du milieu de la santé mentale ne sont pas d'accord pour la remettre en cause, tous s'entendent pour dire qu'on n'a pas assez de ressources pour encadrer les anciens psychiatrisés.

«Le Plan d'action 2005-10 en santé mentale devait renforcer les services de première ligne; force est de constater que, dans les faits, les budgets n'ont pas suivi, déplore Benoît Côté. Depuis trois ans, notre financement diminue alors qu'il devait augmenter de façon très significative. Les hôpitaux drainent une partie très importante des budgets de santé et, quand ça déborde dans les hôpitaux, il est clair qu'il y a une volonté politique de mettre de l'argent dans les urgences.»

Or, en santé mentale aussi, il y a des listes d'attente... À Québec, par exemple, il manquerait aux centres de santé et de services sociaux et aux organismes communautaires l'équivalent de 23 intervenants pour répondre aux 458 personnes actuellement en attente.

«La santé mentale, c'est l'enfant pauvre de la santé, ce n'est pas nouveau», s'insurge Denise Blais, de l'organisme de défense de droits en santé mentale Action Autonomie Montréal. «Les personnes qui cherchent de l'aide se font souvent revirer de bord parce que les urgences sont pleines.» Le secteur de la santé mentale a mobilisé 968 millions de dollars l'an dernier, soit 4 % du budget total de la Santé.

Le chercheur Denis Lafortune estime qu'il faut agir sur les deux fronts: améliorer les services offerts en prison et enrichir les services de première ligne. Nos gouvernements, dit-il, finiront peut-être un jour par se laisser convaincre... par les arguments économiques. Dans certains États américains comme le New Hampshire, des programmes de «suivi intensif en communauté» (assertive community treatment) se sont révélés très payants pour les États qui ont osé les mettre en oeuvre, explique-t-il.

«C'est une approche très interventionniste. Les intervenants se rendent chez les gens, vérifient leur médication, les aident à trouver un logement, font le suivi avec leurs agents de probation, etc. Des recherches menées depuis cinq ans ont montré que ça réduisait le nombre d'hospitalisations, de séjours en prison et les coûts pour le système. Même si les gens retournent à l'hôpital ou en prison, ils y restent moins longtemps.»
 

Paru samedi 10 janvier 2009 dans Le Devoir

Source
www.ledevoir.com/2009/01/10/226708.html

Connaître la ouate avant de se frotter à la laine d'acier
Isabelle Porter
Édition du samedi 10 et du dimanche 11 janvier 2009
Mots clés : Prison, Santé mentale, santé, Justice, Québec (province)

Québec -- Le téléphone a sonné à minuit. Les policiers ont résumé la situation à Denis Tremblay, intervenant au PECH, le Programme d'encadrement clinique et hébergement, un organisme communautaire de Québec, et le voilà parti. «C'est une femme dans la cinquantaine, elle semble avoir un problème de santé mentale, elle traîne dans le bar de l'hôtel depuis 6 heures, mais elle n'a rien pris. Elle quête de l'argent. On pense qu'elle aurait eu une chicane avec un gars.»

À notre arrivée, les policiers sont partis mais le collègue de Denis ainsi qu'une employée de l'hôtel discutent avec la dame dans un bureau. «J'comprends pas pourquoi j'me fais chier de même. J'ai jamais fait de mal à personne. Pourquoi chus toujours dans'marde?» lance la dame en sanglotant. Ses ongles sont sales, sont regard fuyant et elle tient solidement les bretelles de son sac à dos.

Elle répète qu'elle s'est fait battre par un «ami». L'employée de l'hôtel, qui a déjà eu affaire à elle, semble en douter. «J'ai failli me faire tuer!» répète la malheureuse. On comprend que le présumé coupable l'hébergeait et qu'elle n'a plus d'endroit où dormir. La dame a un retard mental et elle prend des médicaments contre l'angoisse. Elle dit qu'elle a quitté l'hôpital psychiatrique il y a six ans, qu'elle n'a pas mangé depuis deux jours, qu'elle a déjà dormi dehors.

Après avoir fait le tour de la situation (possibilités d'hébergement, médicaments, curatelle, psychiatre, possibilité d'appeler de la famille ou des amis), les deux intervenants s'entendent pour lui laisser le lit «d'urgence» de leur maison d'hébergement. La dame est visiblement ravie. Trop peut-être. «La même chose s'est produite il y a trois semaines, elle ne peut pas faire ça tout le temps», nous explique Denis. Les dossiers de PECH révèlent que «personne ne veut d'elle» et que son nom est «barré» dans plusieurs refuges. Elle a une curatrice, une travailleuse sociale et un psychiatre, mais ses problèmes persistent.

«C'est un beau cas de désinstitutionnalisée qui ne trouve pas sa place. Ce sont des gens qui restent pris dans les mailles du système. Il y a des ratés, mais ça ne veut pas dire que tout le système est pourri», explique Denis.

Nulle part où aller

Lors de notre deuxième soir de vigile, le lendemain de Noël, Denis et sa partenaire Guylaine ont eu affaire à un cas bien particulier. Les policiers avaient dû intervenir dans un hôtel où on venait d'expulser un vieil homme en chaise roulante qui n'avait ni argent ni endroit où aller. Il s'était rendu à Québec pour faire une surprise à sa fille. Or, cette dernière refusait de l'accueillir et le monsieur ne pouvait plus se déplacer seul parce que les batteries de sa chaise roulante étaient mortes.

Incapables de trouver un hébergement et encore moins un transport adapté, les policiers avaient passé 40 minutes à le pousser jusqu'à la gare de bus la plus proche. Lors de notre arrivée, ils rechargeaient la batterie de sa chaise dans un couloir de la gare. «Ça fait cinq heures qu'on essaie de trouver quelque chose pour le monsieur, a lancé l'un des policiers à notre arrivée. Sans vous, on n'avait plus rien à faire.»

Le monsieur sentait fort l'urine et n'avait pas mangé, mais il avait toute sa tête. De concert avec les policiers, PECH a décidé tout simplement de payer son billet de retour vers Montréal, après s'être bien assuré qu'il pourrait ensuite se débrouiller. L'homme s'est engagé à rembourser. «C'est une mauvaise chance que vous avez eue», de lui dire Denis. Pendant ce temps, sa collègue Guylaine était déjà au téléphone avec un homme ayant maille à partir avec son fils schizophrène.

De la ouate à la laine d'acier

À partir du moment où PECH intervient auprès d'une personne, un suivi est effectué et le contact est parfois maintenu pendant des mois. Ainsi, lors d'une autre rencontre avec Denis, nous avons pu rencontrer Martin (nom fictif), 42 ans, qui au terme d'une longue descente aux enfers a fait un séjour à la Fraternité Saint-Alphonse, une résidence pour ex-toxicomanes animée par les Pères rédemptoristes. «Moi et Denis on fête notre premier anniversaire, je pense bien, lance Martin en rigolant. Sans PECH et la Fraternité, je serais sûrement en prison.»

L'histoire de Martin montre bien que les problèmes de toxicomanie, de santé mentale et la spirale d'embêtements qui y sont liés peuvent toucher n'importe qui. «Moi, je suis passé de la ouate à la laine minérale d'un coup sec. (...) J'avais le rêve américain moyen: l'emploi, la réputation, le chien, les deux chars, ma compagnie, les voyages dans le Sud. Et à un moment donné il y a un événement qui a tout ébranlé...»

Martin renoue avec sa faiblesse: la drogue. Il perd tout et se retrouve sans le sou. Pris dans un conflit judiciaire avec d'anciens associés, il est incapable de toucher les revenus des immeubles dans lesquels il a des parts. Sa situation particulière l'empêche aussi d'accéder à l'aide sociale. «Je me sentais comme une patate chaude que personne ne voulait garder dans ses mains.»

À ses problèmes d'argent et ses démêlés bureaucratiques s'ajoutent des épisodes dépressifs. Une bravade stupide auprès d'un policier le pousse en prison. Il en sort, mais ses problèmes persistent. «Un soir, j'en avais tellement ras le bol... Je me suis retrouvé devant un char de police et j'ai dit à l'agent: "Ou ben donc je me suicide, ou je me mets une cagoule sur la tête pis..."»

Le policier a appelé PECH. C'était à l'automne 2007, il y a plus d'un an. L'intervenante a renvoyé Martin chez lui, mais a dit qu'ils allaient rester en contact. «Ça m'a sécurisé.»

Depuis, Martin règle ses problèmes l'un après l'autre. Lors de sa première rencontre avec Denis, il lui a fallu quatre heures pour tout lui raconter. «On a dû se rencontrer une bonne quarantaine de fois depuis», résume-t-il avec un air de vainqueur. Devant mon étonnement face à tout ce temps investi auprès d'une seule personne, Denis répond d'une mine encore plus étonnée. «Ah mais écoute! On a affaire à des humains!»

 


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