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L’Inclusif est une infolettre ayant pour mission de rapporter l’actualité touchant à la participation sociale des personnes ayant des incapacités au Québec. Elle est publiée deux à trois fois par semaine.

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Jeudi 6 mai 2010 Numéro 610
Aujourd'hui en veille
Réflexion de Pierre Foglia sur l'affaire de la petite Lucie
Exaequo et Mira à l'étude des crédits
Le ROP Montréal demande un comité en déficience physique
La police de Gatineau revoie la formation de ses policiers en santé mentale


Réflexion de Pierre Foglia sur l'affaire de la petite Lucie
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Paru le jeudi 6 mai 2010 sur

Source
www.cyberpresse.ca/chroniqueurs/pierre-foglia/201004/30/01-4276112-notes-educatives.php

Publié le 01 mai 2010 à 05h00 | Mis à jour le 01 mai 2010 à 05h00

Notes éducatives
Pierre Foglia
La Presse
 

On a parlé toute la semaine de cette enfant, Lucie, 7 ans, atteinte de paralysie cérébrale, intégrée l'automne dernier dans la classe régulière d'une maternelle de la CSDM. On vient de s'apercevoir -huit mois plus tard- que cela n'avait aucun sens. On va donc l'envoyer dans une école spécialisée pour enfants handicapés.
La maman n'est pas contente. On l'a entendue à la télé dire que sa fille a le droit d'aller à l'école de son quartier, que c'est là, dans une classe régulière, au contact d'enfants normaux, que sa fille se développera le mieux.

Les autorités scolaires, par la voix de la présidente de la CSDM, disent au contraire que tant sur le plan de la socialisation que sur le plan de l'organisation des fonctions de base, il n'y a eu aucun progrès en huit mois. «Fonctions de base» ? On a peur de demander. Ce qui est certain c'est qu'on n'entend nullement, ici, des fonctions scolaires, comme lire ou écrire.

L'expérience a démontré que l'école régulière a atteint ses limites et qu'elle ne peut se substituer à une école spécialisée, a résumé la présidente de la CSDM.


Toute la semaine les autorités scolaires, les médias, les ceci-cela de l'éducation spécialisée se sont vertueusement félicités d'avoir tout tenté. La petite fille clouée dans une sorte de chaise-lit était flanquée de deux techniciennes en adaptation spécialisée, on avait bien entendu mobilisé l'enseignante et toute l'école qui avait fait de cette intégration son projet. Donc on se félicite.

Puis les mêmes, les spécialistes surtout, de s'interroger très frileusement: se pourrait-il qu'il y ait une limite à l'intégration d'enfants lourdement handicapés? Réponse d'un prof du département d'éducation spécialisée de l'UQAM: Voui, admet-il du bout des lèvres. Il y a une limite. Et puis les autres enfants - les normaux - ont aussi des droits.

Merci professeur, on était en train de les oublier. Mais pourquoi frileusement, pourquoi du bout des lèvres? Pourquoi? Parce qu'il ne faudrait pas que cet échec nous ramène aux ghettos d'avant. Les ghettos d'avant? Mais oui, quand les élèves qui dérangeaient le moindrement ou qui ne suivaient pas - étaient regroupés dans des classes spéciales, dans des «programmes courts», disait-on.

Au fond, tout au fond, pour les experts surtout, l'échec de l'intégration de la petite Lucie est celui du système, pas celui de l'intégration scolaire, même pas l'échec du principe de l'intégration à tout prix comme il semble que ce soit le cas ici. Pour le milieu il n'y a pas à s'interroger sur le principe même de l'intégration. Qu'on se donne les ressources, qu'on y mettre le prix et hop là mon vieux, bienvenue à tous dans le meilleur des mondes éducatifs.

Pour moi l'histoire de la petite Lucie, lourdement handicapée, déraisonnablement incorporée à une classe normale pendant huit mois, pour moi, cette histoire nous donne une très claire radiographie du monde actuel de l'éducation.

Qu'on y regarde bien. L'idée du projet intégrationniste est à double sens. Intégrer le handicapé, oui, mais surtout éveiller la majorité, ouvrir la normalité à la différence, à l'autre. Le handicapé devient un élément du projet éducatif, il instruit, il sensibilise la majorité normale. En réalité, il sacralise le nouveau projet éducatif.

L'histoire de la petite Lucie nous dit exactement ce qu'est l'école d'aujourd'hui. Je vous rappelle ce qu'elle était hier: un lieu de transmission de savoirs. Aujourd'hui, un lieu où l'on apprend à vivre.

Je vous entends d'ici: quel magnifique progrès. Je ne suis pas sûr de cela du tout. On est passé d'un projet éducatif à une idéologie. On est passé d'un lieu d'étude de la vie (avec le recul nécessaire pour en faire la critique) à un lieu d'expérimentation de la vie, qui mène à... l'utilitaire.

Comme chaque fois que je reviens sur le sujet, ce qui m'agace le plus, c'est qu'on ne nous a jamais demandé notre avis, à nous, les gens, les parents, les grands-parents. Les parents sont mobilisés bien sûr, mais comme petits soldats, engagez-vous et ne vous avisez surtout pas de ne pas avoir le bon pas.

Ce qui m'agace, c'est l'arrogante légitimité que tirent les experts de leur science de l'éducation. Vous avez vu la petite Lucie à la télé? C'est par leur science que cette enfant s'est retrouvée dans une classe normale. Et il a fallu huit à mois à ces scientifiques pour admettre que cela n'avait aucun sens.

Ce qui m'agace, c'est que j'ai de plus en plus le sentiment que les deux projets éducatifs, le pédagogique et le magistral, pourraient très bien être concurremment offerts à la population à travers deux écoles publiques, si on ne le fait pas c'est seulement parce que les experts savent ce qui est «bon pour le peuple»: on est bien devant une idéologie.

J'ai enseigné pendant dix ans. C'était à l'université, ce qui est très différent de la maternelle, encore que parfois... C'était aussi à l'UQAM, qui laissait à l'époque une grande liberté à ses profs de mener leur classe à leur guise. J'en parle pour dire que, instinctivement, pour optimiser au maximum mon cours, j'allais dans le sens exactement contraire de l'intégration: dans les deux premiers cours, je m'arrangeais pour décourager un maximum d'élèves. Je commençais par annoncer que tout le monde aurait B. Même ceux qui ne viendraient pas au cours. Drette là, j'en perdais six ou sept qui se disaient pourquoi je me ferais chier, j'aurai B de toute façon. Puis, après les premiers exercices, je coupais la tête et la queue. J'allais voir les bols: vous n'apprendrez rien, vous savez déjà tout ça. J'allais voir les nuls: vous n'êtes pas de niveau, c'est un cours d'écriture et vous partez de beaucoup trop loin, avez-vous songé à faire de la radio?

Très vite, sur 40, m'en restait 22, 23. Je donnais à ceux-là pendant trois mois tout ce que j'avais, tout ce que je pouvais. Je ne me souviens pas qu'ils se soient plaints. Les 17 autres? Je ne sais pas. M'en crisse. Peut-être qu'ils font de la radio. Peut-être aussi qu'ils travaillent au ministère de l'Éducation.

http://www.cyberpresse.ca/chroniqueurs/pierre-foglia/201005/03/01-4276767-suite-educative.php

le 04 mai 2010 à 00h00 | Mis à jour le 04 mai 2010 à 00h00

Suite éducative
Pierre Foglia
La Presse
 

Quand j'écris sur l'éducation - samedi -, l'écho est toujours vibrant, prolongé, l'impression que la chronique devient un exutoire pour de nombreux enseignants : Vos notes éducatives m'ont fait un bien énorme. Nous, les enseignants, n'avons pas le droit de dire comme vous le dites que l'intégration ça ne marche pas. Surtout quand ça ne marche pas ! Pas le droit de le penser non plus. Pas le droit non plus de dire, comme vous, que l'école devrait être le lieu de transmission du savoir, que le lieu pour apprendre à vivre devrait être la famille.
Je redonne la parole aux enseignants plus loin, mais d'abord ceci. Vous avez peut-être noté que samedi, en page cinq de notre cahier Forum, était publiée l'exacte contrepartie de ma chronique. C'est un hasard. Les deux textes ne se répondaient nullement. Ils sont campés sur deux positions irréconciliables. Je relève, ici, le passage qui marque justement le point de rupture. Éclairant.

L'école, concluent les deux auteures du texte de Forum, l'école, le seul système obligatoire pour tous au Québec, est présentement un miroir des inégalités sociales. Complètement d'accord. Comment ne le serais-je pas ? Pas juste au Québec. Pas juste présentement. Je ne vois pas très bien comment l'école (publique comme privée) pourrait ne pas refléter les inégalités sociales.

Nous ne disons pas que l'école produit les inégalités sociales, nous disons qu'elle continue à reproduire ces inégalités... Clairement les auteures le regrettent. Clairement elles pensent que l'école devrait être égalitaire. Nous voici au noeud de notre différend. Nous voici dans la mouvance gogauche qui rosit toute la réforme scolaire, c'est bien ce qui me dérange d'ailleurs : je suis censé être gogauche moi-même, et je ne m'y reconnais pas.


Les inégalités sociales sont-elles sources d'échec scolaire ? Probablement. Souvent. Vous n'aurez pas grand effort à faire pour me convaincre que le bobo est dans le Système. Avec un grand «S», ce Système-là qu'on finira bien par changer en votant pour Québec solidaire. Je plaisante. Mais qu'est-ce que le système scolaire vient faire ici ? En quoi un système scolaire égalitaire pourrait-il aplanir, corriger les inégalités sociales ? Expliquez-moi. La société exclut les pauvres. Bien. Mais vous, petit comique, vous les intégrez à l'école ? Comme c'est astucieux.

Voyons si j'ai bien compris. Voici Ticul, élevé dans un milieu de grande pauvreté, pas n'importe quelle pauvreté, la pire, la désorganisée. Zéro culture, zéro maîtrise du langage, zéro curiosité. Pas grave. Grâce à l'école, tadam, on l'inclut. C'est le mot clé : inclusion. Et hop là le voilà égal. Suffit de ne pas l'évaluer. De le soustraire à toute forme de sélection pour ne pas ajouter à l'inégalité du départ. La sélection, c'est l'exclusion. Puis on va s'arranger pour qu'il ait des bons résultats. Quarante-trois fautes ? Pas grave. T'as traité la prof de pute ? Pas grave non plus. On va parler à ta prof, on va lui demander d'accorder un peu plus d'importance au dialogue.

Le pire c'est que Tipit finit par décrocher pareil. Si un jour il raccroche, et c'est relativement fréquent, ça lui viendra tout seul, généralement au début de l'âge adulte, l'envie soudaine de finir son secondaire.

L'école, la mienne, la vieille, que je croyais pourtant de gauche, à tout le moins républicaine, ne se bâdre pas de corriger les inégalités sociales, elle ne s'emploie pas à éviter des sélections qui surviendront de toute façon tout au long de la vie. Elle prend acte. Elle ne cherche pas à maquiller rien, pas exemple par un système d'évaluation qui noie le poisson. Elle ne refait pas le monde. Elle l'enseigne.

Une enseignante : j'enseigne à des enfants «normaux» avec passion et parfois désespoir, les pédagogues ont tout mélangé, les besoins des uns, les droits des autres et la capacité des enseignants à accomplir des prodiges... L'intégration des enfants en difficulté est teintée de pensée magique, les parents de ces enfants pensent que les normaux vont déteindre sur les leurs, ça n'arrive jamais.

Une enseignante : j'enseigne dans une école secondaire régulière mais auprès d'un groupe d'élèves ayant une déficience intellectuelle de moyenne à sévère. J'ai un emploi extraordinaire, je suis assistée par des gens compétents, mes élèves sont heureux, s'encouragent, plaisantent, s'invitent la fin de semaine. Je ne crois pas à l'intégration d'un élève ayant une déficience intellectuelle moyenne à sévère dans une classe régulière... On a l'impression que le but absurde de ces inclusions est que les autres élèves finissent par inviter l'handicapé à leur party du vendredi soir.

Une enseignante : j'ai été appelée à remplacer une collègue dans une classe qui avait une petite Lucie, exactement le même cas, le même handicap, elle criait 30 fois par jour, très fort. Comment enseigner quand t'es toujours interrompue par ces cris ? Il y a pire. Il y a ces deux ou trois élèves à problème, pas handicapés du tout, qui foutent systématiquement le bordel dans une classe et empêchent le prof d'enseigner et les autres élèves d'apprendre.

Une enseignante : votre débat sur l'intégration des enfants handicapés à une classe régulière est un faux débat. Le vrai problème, c'est l'intégration d'enfants violents, agressifs, impolis, paresseux. Ils n'ont droit à aucune aide spéciale. Ils sont intégrés pour profiter de l'influence positive des autres enfants. C'est l'inverse qui arrive : l'ensemble du groupe est grandement perturbé par le comportement de ces enfants.

Une enseignante : mon constat ? Les décisions administratives actuelles des institutions scolaires visent davantage la performance des établissements que celle de leurs élèves
 


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