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Mardi 29 mars 2011 Numéro 695
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Des jeunes adultes réagissent au discours de la coalition Pour une intégration réussie
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Des jeunes adultes réagissent au discours de la coalition Pour une intégration réussie
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Paru le lundi 28 mars 2011 sur Le Devoir

Source
www.ledevoir.com/societe/education/319748/integration-scolaire-les-jeunes-sont-absents-du-debat

Intégration scolaire - Les jeunes sont absents du débat
Lettre à la ministre de l'Éducation, Line Beauchamp, et à la coalition Pour une intégration réussie
Collectif d'auteurs 28 mars 2011 Éducation

Ces derniers temps, on parle beaucoup d'intégration et on se prononce surtout contre l'intégration à tout prix. Nous sommes un groupe de jeunes de 16 à 25 ans qui fréquentent la Boîte à lettres de Longueuil et nous sommes également membres du REJESS (Ralliement engagé envers les jeunes exclus du système scolaire). Nous avons envie de vous parler du prix de l'exclusion.

Nous essayons de faire entendre notre voix, celle des jeunes exclus du système scolaire, pour que vous arrêtiez de faire croire que les classes spéciales sont le remède à la guérison de l'école et à la misère des profs. Vous parlez de nous et de ces jeunes qui sont présentement dans ce système comme d'une donnée. Vous parlez des jeunes, mais vous ne parlez pas pour eux.

Quand le milieu de l'éducation a des choses à dire et qu'il veut être pris au sérieux, il va chercher des experts qui ont des titres importants, et qui donnent du poids à ce qu'ils affirment: pédiatres, chercheurs, professeurs, etc. Leur parole a du poids. Il semble que la nôtre n'a aucun poids, aucun intérêt. Pourtant, nous portons les «titres» de trouble de comportement, trouble d'apprentissage ou trouble grave de comportement. Ces «titres» nous suivent partout depuis longtemps. Depuis la maternelle pour certains d'entre nous. Nous avons tous été exclus des classes ordinaires pour faire notre parcours en classes spéciales au primaire et au secondaire.

Une étiquette qui pèse

Il faut que vous sachiez qu'aussitôt que l'école nous met une étiquette, on ne s'en débarrasse plus. On doit travailler tellement fort pour prouver à ceux qui nous entourent qu'on vaut quelque chose. Et on doit travailler encore plus fort contre nous-même pour défaire ce qu'on a intégré comme étiquette parce que ça nous suit dans notre vie de tous les jours. Nous pouvons vous dire comment on se sent quand on se retrouve au bout du chemin des classes spéciales, sur le trottoir avec l'aide sociale, analphabètes, sans diplôme, avec une qualification bidon qui ne donne pas de travail. On se sent mal, en colère et trompé.

On dit être contre l'intégration à tout prix. Mais quel prix ont ces jeunes? C'est vrai que la différence fait peur et qu'elle ne fait pas partie des valeurs de l'école. La différence, on la cache, on essaie de la contrôler et de lui rappeler tous les jours qu'elle n'est pas à sa place ou qu'elle n'a pas de place. Même vous, madame la ministre, vous dites: «Je ne suis pas une partisane de l'intégration à tout prix. Je crois que parfois, au bénéfice de l'enfant, le parent doit apprendre à faire son deuil.»

Comment pouvez-vous dire une chose semblable? Ces parents-là sont sans pouvoir devant la machine scolaire. Nos parents ont accepté que nous soyons placés en classes spéciales parce qu'on leur a dit que c'était ce qu'il y avait de mieux pour nous. Et à nous, on nous a dit que c'était pour notre bien. Ça, c'est quand on nous a dit quelque chose. Mais jamais on ne nous a dit que ce parcours nous mènerait dans un cul-de-sac au bout de dix ans. Si vous saviez par où on passe pour faire son deuil d'un parcours de paumés!

Classes à cubicules

Vous parlez aussi d'intégrer les jeunes dans des classes-répits ou des classes-ressources. Nous avons connu des classes du même nom. Ce sont des classes avec des cubicules où personne ne se voit. On ne se voit tellement pas, le nez collé au mur gris, séparé des autres... Parlez-vous de ces classes où on n'a pas le droit aux pauses? On espère que vous avez en tête autre chose comme modèle d'intégration.

Vous dites qu'il y a des limites à l'intégration sauvage. Nous ne sommes pas des enfants sauvages! Pourquoi faut-il que, chaque fois qu'il est question des élèves en difficulté, on prenne des images qui marquent pour être certain qu'on comprenne à quel point nous sommes monstrueux et à quel point vous n'avez aucune responsabilité et aucun choix que celui d'exclure? On n'est pas des monstres bavant et crachant le feu. Vous devriez essayer de vous mettre à notre place quelques secondes. Il y a des fois où on n'en peut plus et qu'on réagit pour se défendre. On pourrait vous parler de contentions, de pièces d'isolement, de douleur et d'abandon. On a encore de la colère quand on pense à l'école.

Vous dites aussi que les professeurs ne peuvent pas être des orthopédagogues et des psychologues pour être capables de répondre aux besoins des jeunes. Peut-être. Mais ce que nous savons, c'est que les profs sont des êtres humains et qu'ils travaillent avec d'autres êtres humains: les jeunes. Ils devraient pouvoir être branchés, savoir écouter et sentir qu'on est des humains. Et vous savez, quand on a la chance d'avoir un bon prof, on s'en souvient toute sa vie et les diplômes de spécialistes n'ont rien à voir là-dedans.

Nous voulons vous dire qu'il manque un acteur dans la réflexion sur l'intégration et les classes spéciales. Cet acteur-là, c'est nous. Nous vous demandons de choisir la lunette de l'inclusion, de choisir d'entendre la voix des jeunes exclus du système scolaire. Et quand tout sera sur la table, on pourra commencer à dire qu'on veut vraiment du changement, améliorer l'école et faire la preuve que les jeunes, peu importe qui ils sont et d'où ils viennent, sont ce qui est le plus important pour vous et pour la société. Les jeunes ne sont pas dans l'avenir. Les jeunes sont là présentement. Et c'est maintenant que vous devez nous entendre. Ça fait des dizaines d'années que ça dure.

***

Ont signé ce texte: Annie Desjardins, Valérie Blanchette, Marc-Antoine Hamelin, Steve Dupont, Marie-Soleil Grandmont, Jérémie Lambert, Julie Arsenault, Karine Jacques, Marc-André Larocque et Vicky Lachance.

 


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