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Mardi 12 mai 2015 Numéro 921
Aujourd'hui en veille
Réflexion sur la couverture médiatique de la saga sur la terrasse de Chez Alexandre
Lettre à l'ombudsman de la SRC concernant la saga de la terrasse de Chez Alexandre
Chronique de Lysianne Gagnon sur la saga de la terrasse de Chez Alexandre
La STL développe une application pour faciliter les déplacements des personnes ayant une déficience intellectuelle
Un guide pour les parents d'enfants ayant une déficience auditive
La maternité quand on a des incapacités (art. anglais)
Quand être parent d'un enfant autiste sert à trouver l'amour


Réflexion sur la couverture médiatique de la saga sur la terrasse de Chez Alexandre
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Paru le vendredi 8 mai 2015 sur Huffington post

Source
http://quebec.huffingtonpost.ca/laurence-parent/bienvenue-sur-la-terrasse-de-la-desinformation_b_7228894.html

Laurence Parent Devenir fan
Doctorante en sciences humaines, Université Concordia
courriel
Bienvenue sur la terrasse de la désinformation
Publication: 08/05/2015 00:34 EDT Mis à jour: 08/05/2015 15:08 EDT
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Au cours des derniers jours, les images d'un propriétaire de restaurant en pleurs ont largement circulé à la télévision et sur Internet. Divers médias ont attribué la fermeture de la terrasse de Chez Alexandre, situé sur la rue Peel au centre-ville de Montréal, à un nouveau règlement pour favoriser l'accessibilité aux personnes handicapées. Cette annonce a semé la consternation auprès de plusieurs personnalités dans le monde des médias. Plusieurs d'entre elles ont alors crié à l'injustice en se servant de leurs tribunes. M. Creton, propriétaire de l'établissement, a affirmé, en contenant mal ses sanglots, que la fermeture de la terrasse allait entraîner la perte de 30 emplois. Nous sommes passés à un cheveu de voir le mot-clé #JeSuisChezAlexandre se répandre sur les médias sociaux. Et finalement, près de 48 heures après le début de la saga, nous avons appris que la terrasse de Chez Alexandre était rouverte... et conforme au nouveau règlement.

En tant que personne handicapée ayant été impliquée dans le dossier de la mise en accessibilité des terrasses pendant quelques années, je sens l'urgence de faire plusieurs mises au point et de dénoncer la façon dont l'histoire de la terrasse de Chez Alexandre a été présentée par Radio-Canada ainsi que les propos de Patrice Roy, animateur du Téléjournal de 18h. J'ai choisi de me concentrer sur la couverture de la télé de Radio-Canada en raison de l'importance du média d'information et des normes journalistiques auxquelles sont censées adhérer les personnes qui y travaillent.

Tout d'abord, prenons deux minutes pour comprendre l'origine de cette nouvelle règlementation puisque ceci a été complètement écarté de la couverture médiatique de Radio-Canada. Si Montréal a aujourd'hui de nombreuses terrasses accessibles en fauteuil roulant, ainsi qu'un espace piéton sur le trottoir assurant une circulation sans obstacle, c'est grandement grâce au travail acharné d'un groupe bénévole d'activistes handicapés, le Regroupement des activistes pour l'inclusion au Québec (RAPLIQ). Il y cinq ans un nombre grandissant de terrasses inaccessibles en fauteuil roulant empiétaient sur les trottoirs. La circulation était carrément dangereuse pour de nombreuses personnes, notamment pour les personnes ayant un handicap visuel. Celles-ci perdaient leurs repères et se heurtaient à des obstacles changeant d'un moment à l'autre. C'est dans ce contexte que le RAPLIQ a fait des démarches pour remédier à ce recul au niveau de l'accessibilité des trottoirs publics. Des échanges ont par la suite commencé entre les personnes handicapées, les commerçants et la ville pour rendre les terrasses et les trottoirs accessibles à toutes et à tous. Des solutions ont été trouvées sans trop de difficultés.

Lors du Téléjournal de 18h du 4 mai 2015, Radio-Canada a annoncé que Chez Alexandre avait perdu sa terrasse. Avant la diffusion, Patrice Roy a tweeté: «Comme promis ce soir, nous revenons sur les terrasses qui dérangent fonctionnaires de @MTLÀ_Ville et groupes comme le @RAPLIQ_». Ce tweet annonçait le mépris avec lequel Patrice Roy allait mener l'entrevue avec Laurent Morrissette, vice-président du RAPLIQ.

S'il est vrai que la terrasse de Chez Alexandre aménagée en contigu de l'édifice devait être démantelée puisqu'elle ne se conformait pas à la règlementation, il était complètement faux d'affirmer que Chez Alexandre perdait sa terrasse. La nouvelle règlementation obligeait M. Creton à réaménager sa terrasse à quelques pieds de l'emplacement initial. C'est ce que des dizaines de restaurateurs ont décidé de faire à Montréal (et c'est finalement ce que M. Creton fera quelques heures plus tard).

M. Creton, propriétaire de Chez Alexandre, refusait d'installer sa terrasse en contre-terrasse pour deux raisons. Premièrement, il voulait conserver le style parisien de sa terrasse. Deuxièmement, il arguait qu'installer une terrasse de l'autre côté du trottoir serait plus dangereux. Dans La Presse, il a affirmé : « La rue Peel est la plus achalandée du centre-ville sur l'axe nord-sud, c'est une autoroute de piétons. C'est dangereux pour mes serveuses de traverser le trottoir, elles risquent de se faire foncer dedans et de renverser leur plateau. Si la terrasse était dans la rue, je doublerais ma capacité, mais je ne suis pas intéressé, c'est hyper dangereux pour les passants et pour les handicapés. » Fait intéressant, l'argument de la sécurité et de l'accessibilité du trottoir lorsque la terrasse est aménagée sur le trottoir est rejeté du revers de la main par M. Creton et M. Roy, alors que M. Creton lui-même refuse d'installer une contre-terrasse sous prétexte que cela obligerait ses employés à traverser le trottoir qui est déjà très achalandé à cet endroit. N'a-t-il pas matière ici à remettre en question la facilité avec laquelle les piétons de toutes sortes peuvent circuler devant Chez Alexandre pendant la période estivale? Il semble que oui. Comment des journalistes expérimentés ont pu négliger cet élément important de l'histoire? En omettant de mentionner cet élément important, Radio-Canada n'a pas présenté tous les faits nécessaires à la compréhension de celle-ci et a contribué à alimenter la frustration de plusieurs personnes contre un groupe de la population déjà grandement discriminé.

Pour ajouter aux graves lacunes du traitement de cette nouvelle, l'animateur du Téléjournal 18h s'est même permis de dire que le restaurant Chez Alexandre pourrait éventuellement fermer en raison d'une telle règlementation favorisant l'accessibilité. Selon lui, la victime de cette histoire est M. Creton, propriétaire de Chez Alexandre. Au banc des accusés se trouvent quelques individus handicapés qui se plaignent pour «quelques pieds». Une telle affirmation ne tient pas la route du point de vue juridique. Les commerçants ont le devoir d'accommoder les personnes handicapées jusqu'au seuil de la contrainte excessive. En espèce, le règlement municipal exigeait simplement que M. Creton déplace sa terrasse de quelques pieds, ce qui constitue un accommodement raisonnable qui n'atteint pas le seuil de la contrainte excessive. L'idée selon laquelle cet accommodement pourrait mettre son commerce en péril est franchement exagérée. En détournant ainsi les faits, M. Roy a mis de côté les principes de base de rigueur journalistique et s'est imaginé à la barre d'une émission de radio poubelle.

Le traitement médiatique de cette nouvelle démontre bien les dommages qui peuvent être faits lorsque des faits importants sont laissés de côté. Il est inconcevable qu'un journaliste travaillant pour Radio-Canada ait pu tenir des propos aussi méprisants face à la lutte menée par les personnes handicapées pour la reconnaissance de leurs droits. Il est inacceptable que plusieurs personnalités publiques aient si rapidement blâmé les personnes handicapées.

En passant, saviez-vous que Chez Alexandre n'est pas accessible aux personnes se déplaçant en fauteuil roulant? Il y a une marche. Une crisse de petite marche. Comme un peu partout à Montréal. Une rampe d'accès pourrait régler le problème. Mais il n'y en a pas. Ce réputé restaurant est inaccessible 365 jours par année, et ce depuis plus de 38 ans. Aucun média n'a cru bon en faire mention. Je pense qu'il s'agit d'une injustice réelle contre laquelle nous pourrions collectivement nous indigner


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